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L’île et le palais de la Cité

L'île et le palais de la Cité dans Cadrans solaires ile-de-la-cite-2

Vue aérienne de l’île de la Cité

Liée aux armes de la Ville (un vaisseau isolé par les flots), l’île de la Cité serait le noyau originel de Paris. En effet, c’est probablement sur l’île de la Cité qu’une petite tribu gauloise (les Parisii) s’installa au IIIème siècle avant Jésus-Christ. Sa présence ne fait plus de doute lorsque Jules César soumit Vercingétorix et fonda Lutèce.

Sur l’île de la Cité, les Romains bâtirent un premier temple païen à la gloire de Jupiter, tracèrent une voie romaine (le « cardo maximus ») selon le tracé d’un ancien chemin gaulois, remplacèrent les passerelles par des ponts sur pilotis pour rejoindre les berges du fleuve. Les premières invasions barbares entraînèrent ensuite l’érection d’une citadelle, que le représentant de Rome prit pour demeure au IVème siècle de notre ère.

Deux siècles plus tard, Clovis, roi des Francs, fit de Paris la capitale de son royaume. Il s’installa dans la demeure de l’ancien gouvernement romain, transformé en un palais somptueux à la fin du règne de Robert II le Pieux (vers 972-1031). Sous le règne de Louis VI, la demeure parisienne des premiers Capétiens se dota d’une « Grosse tour » ou donjon, destinée à protéger le roi et à abriter son Trésor.

Sous le règne de Louis VII, une chapelle consacrée à saint Michel fut édifiée en dehors de l’enceinte du palais : Philippe-Auguste y fut baptisé en 1165. Louis VII fit également tracer, à l’est du palais, une rue (l’actuel boulevard du Palais) conduisant au nouveau pont au Change. Par un jeu d’expropriations, le palais s’étendait peu à peu jusqu’à la Seine.

A son tour, Louis IX, dit Saint Louis, contribua à l’embellissement des lieux. Il fit édifier, au nord-ouest, la Galerie Saint Louis, perpendiculaire au fleuve et adossée contre la tour Bonbec, et la galerie Mercière. En 1242, Saint Louis fit surtout édifier une seconde chapelle, bien plus importante, à l’intérieur de l’enceinte, afin d’abriter les reliques rapportées de Terre Sainte quelques années auparavant. Par sa destination, ladite chapelle fut élevée au rang de « Sainte chapelle ».

Quai de l’Horloge

palais cité

Le palais de la Cité, vu du pont au Change

Résidence et siège du pouvoir des rois de France, le palais de la Cité fut agrandi et embelli au fil des siècles. Petit-fils de Saint-Louis, Philippe IV le Bel fit ériger le mur d’enceinte longeant le fleuve, ponctué des tours de César, d’Argent et Bonbec, identifiable à son crénelage, qui baignaient dans la Seine.

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Pol de Limbourg

 Les Très riches Heures du duc de Berry (calendrier : le mois de juin), manuscrit commandé par Jean Ier, duc de Berry, vers 1410-1415, enluminure sur parchemin, 22,2 x 13,3 cm, Chantilly, musée Condé.

Sur cette enluminure, Pol de Limbourg représente la demeure royale derrière un rempart. De gauche à droite, nous apercevons la salle de la Pointe, appelée aussi « maison des étuves », qui avait été aménagée pour les bains des rois ; la Salle sur l’eau, les tours Bonbec, d’Argent, de César et de l’Horloge, en bordure du fleuve ; les deux pignons de la Grand’salle, surplombant la Galerie Saint-Louis ; puis le donjon, derrière le logis du roi ; enfin, la Sainte Chapelle.

salle gens d'armes de la Conciergerie

La salle des gens d’armes, lors de l’exposition consacrée à Saint Louis, en 2014

Philippe IV le Bel fit aménager la vaste salle des Gens d’armes, au rez-de-chaussée du bâtiment à double pignon, parallèle à la grande façade et au fleuve. Chef-d’œuvre de l’architecture gothique, cette salle servait de réfectoire au personnel de l’Hôtel du roi. Elle est divisée en quatre nefs de neuf travées par trois rangées de colonnes qui soutiennent une voûte sur croisées d’ogives. Les colonnes ne sont pas toutes identiques : celles de la rangée axiale sont plus massives et d’une forme composée. De même, les chapiteaux de la partie occidentale portent des corbeilles à feuillages, alors que ceux de l’autre extrémité sont nus. Quatre cheminées sont ménagées dans les murs nord et sud.

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Vue de la salle des gens d’armes, tournée vers la « rue de Paris »

La neuvième travée de la salle des gens d’armes fut, au XVe siècle, isolée par un mur et des grilles, et rehaussée au niveau de la salle des Gardes. Elle fut plus tard dénommée « rue de Paris », d’après le surnom donné au bourreau qui officiait sous la Révolution. La « rue de Paris » absorbait le trop plein de prisonniers, qui couchaient pêle-mêle sur la paille (les « pailleux »).

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Les sept colonnes ajoutées pour soutenir la voûte de la salle des gens d’armes

Au XIXe siècle, les piles de la rangée centrale furent renforcées à la suite de l’effondrement partiel des voûtes. De hautes fenêtres, donnant sur la cour de la Conciergerie, furent également percées dans le mur nord, et un escalier à vis ajouré menant à l’étage fut installé. Sous le Second Empire, sept colonnes furent ajoutées pour soutenir la voûte, lors de la construction du Tribunal de Grande instance. 

A l’étage de ce même bâtiment, Philippe le Bel avait fait aménager la Grand’Salle, vaste halle à double vaisseau, réservée aux manifestations solennelles et décorée de 42 statues des rois de France, de Pharamond jusqu’au roi régnant. Détruite par un incendie en 1648, la Grand’Salle sera reconstruite et remplacée par une salle des Pas-Perdus.

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Les chapiteaux figurés de la salle des Gardes  

Philippe IV le Bel fut également à l’initiative de la Grand’Chambre, destinée à accueillir le lit de justice (séances extraordinaires du parlement tenues en présence du roi). Le rez-de-chaussée de cette Grand’Chambre est occupé par la salle des Gardes, qui forme un « L » avec la salle des gens d’armes. Aménagée entre la fin du XIIIe siècle et le début du XIVe siècle, la salle des Gardes, voûtée d’ogives, se compose de deux nefs de quatre travées, séparées par une rangée de colonnes médianes, dont les chapiteaux présentent alternativement des combats d’animaux et des scènes narratives.

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Les tours César et d’Argent, vues du sommet de la tour Saint-Jacques

La salle des Gardes échappa aux transformations et aux incendies successifs qui frappèrent le palais de la Cité. L’une de ses fenêtres ogivales, dotée d’un grand trilobe, donne sur le quai de l’Horloge, au rez-de-chaussée de l’étroite façade comprise entre les tours César et d’Argent.

Délaissé après 1360, le palais de la Cité continua à accueillir les fastes de la monarchie, lors de la réception d’hôtes étrangers ou lors des lits de justice. La fonction résidentielle du palais de la Cité déclina au profit de sa fonction judiciaire, le roi confiant en son absence la garde du palais à un personnage de haut rang, qui remplissait la charge de concierge.

La vocation carcérale des lieux s’affirma sous la pression des juges du Parlement qui trouvaient commodes de détenir sur place les prévenus pour les soumettre à la question. Au XVe siècle, la Conciergerie était l’une des prisons les plus importantes de Paris, mais demeura un lieu de détention provisoire.

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La tour de l’horloge, à l’angle du quai de l’Horloge et du boulevard du Palais

A l’angle oriental du mur d’enceinte édifié sous le règne de Philippe le Bel, Jean II le Bon fit bâtir, entre 1350 et 1353, une grosse tour de plan rectangulaire (actuelle tour de l’Horloge), pour assurer la sécurité du palais de la Cité. Cette tour de guet adoptait, à l’origine, le même plan rectangulaire et possédait, comme actuellement, un petit pavillon en couronnement, surmonté d’un clocheton.

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Germain Pilon (vers 1528-1590)

L’allégorie de la Justice (restaurée par le sculpteur Toussaint en 1852, d’après les figures originales), 1585, Paris, tour de l’Horloge du palais de la Cité.

 Sous le règne de Charles V, la tour reçut la première horloge publique de Paris. C’est un horloger lorrain, Henri de Vic, qui se chargea de son exécution, en 1370. L’année suivante, elle reçut une cloche en argent. En 1418, un cadran extérieur fut appliqué sur l’une de ses faces.

En 1585, Henri III ordonna le remplacement de ce cadran et chargea le sculpteur Germain Pilon d’une nouvelle composition, agrémentée de figures allégoriques. Restaurées en 1685, les figures de La Loi et de La Justice, furent bûchées sous la Révolution, mais restaurées à nouveau, en 1852 puis en 1909.

plan de Quesnel 1609

Pierre Vallet, d’après François Quesnel (1543-1619)

Carte ou description nouvelle de la ville cité université et fauxbours de Paris (détail : le palais de la Cité), 1609, eau-forte, BNF, Est. Rés. AA3

Entre 1580 et 1611, un quai, visible sur le plan de Quesnel, fut aménagé en avant de l’enceinte du palais de la Cité. Ce plan donne par ailleurs l’état des bâtiments au début du XVIIe siècle : le palais de la Cité occupe la base du triangle formé par la pointe de l’île de la Cité, dont le sommet est formé par la place Dauphine. Derrière l’enceinte édifiée le long de la rue menant au pont au Change, se dressent la chapelle Saint-Michel et, un peu plus au nord, la Sainte Chapelle. Quesnel indique la galerie Mercière, entre la Sainte Chapelle et la Grand’Salle ; cette dernière se distingue par ses deux pignons. Il situe la « Grosse tour », au sud ouest de la Grand’Salle. Il dessine assez précisément la tour de l’Horloge, ainsi que les trois tours de l’enceinte bordant le fleuve.

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Dessinateur anonyme

Vue du palais de justice, lavis d’encre de Chine, plume, rehauts d’aquarelle, BNF, Estampes

En 1776, Louis XVI saisit l’occasion d’un quatrième incendie pour supprimer les vieux bâtiments médiévaux dévolus à la justice, situés entre la Sainte Chapelle et les bâtiments en bordure de Seine, qui abritait la Conciergerie du palais. L’érection d’un nouvel édifice de style néo-classique -le palais de Justice- offrit alors une entrée monumentale et régulière sur l’actuel boulevard du Palais.

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Le second cachot de la reine Marie-Antoinette, reconstitué par le musée de la Conciergerie

En 1792, le palais de Justice accueillit le Tribunal révolutionnaire. La Conciergerie, principal vestige de l’ancienne résidence royale, abrita les prisonniers promis à la guillotine. Leurs cachots étaient desservis par le « couloir des prisonniers », qui communique avec la « rue de Paris ». Afin d’évoquer les prisons de la Conciergerie sous la Révolution, les bureaux du greffier et du concierge, ainsi que plusieurs cellules, ont été symboliquement reconstitués.

La reconstitution du cachot de Marie-Antoinette évoque la cellule où la reine fut peut-être envoyée après une tentative d’évasion, dite « complot de l’œillet », dans la nuit du 2 au 3 septembre 1793. Un paravent divisait la cellule en deux parties égales, l’une réservée à la prisonnière, l’autre aux gendarmes chargés de sa surveillance. C’est là que Marie-Antoinette attendit son procès. La reine quitta sa geôle le 24 octobre 1793, lorsque le bourreau Henri Sanson l’emmena « place de la Révolution » (actuelle « place de la Concorde ») pour être guillotinée.

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Le chiffre de Marie-Antoinette

En 1815, Louis XVIII fit aménager une chapelle expiatoire dans la partie autrefois occupée par la prisonnière : il fit placer un monument de marbre gris en forme d’autel, afin de célébrer des messes aux anniversaires de la famille royale. Il fit également décorer la fenêtre d’un vitrail marqué au chiffre de Marie-Antoinette. Au fond de la cellule, un autel est entouré de trois tableaux exécutés en 1817 : Marie-Antoinette séparée de sa famille, au Temple, pour être conduite à la Conciergerie, par J.-A. Pajou ; La Reine à la Conciergerie, après avoir reçu les secours de la Religion, par Gervais Simon et La Dernière communion de la Reine, par M. M. Drolling.

Cette chapelle expiatoire fut, par la suite, fermée par un mur. Séparée du cachot reconstitué de Marie-Antoinette, elle est désormais accessible par la chapelle dite « des Girondins ».

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La chapelle dite des « Girondins »

Occupant l’emplacement de l’oratoire médiéval du roi, la chapelle dite « des Girondins » aurait abrité la dernière nuit des députés girondins, mis à l’isolement avant leur exécution le 30 octobre 1793.

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Pierre-Gabriel Berthauld, d’après Jean-Louis Prieur

Les frères Agasse allant au supplice, leurs corps rendus à leur famille le 8 février 1790 [avec en arrière-plan, les bâtiments disparates du palais de la Cité, le long du fleuve, avec les tours de l'Horloge, de César et d'Argent, puis Bonbec], 1802, eau-forte et burin, BNF, Estampes

Sous l’Empire, Antoine-Marie Peyre, architecte du palais de Justice, avait fait déblayer la Grand’Salle basse et entreprendre la restauration de ses voûtes. En 1817, les lieux dévolus à la justice et à la détention furent séparés, avec des entrées différentes. L’accès à la prison s’effectua en conséquence par le quai de l’Horloge. Sous la Monarchie de Juillet, entre 1833 et 1835, Guy de Gisors rebâtit la Galerie Saint-Louis dans un style néogothique. 

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La tour de l’Horloge, vue depuis la place du Châtelet

Parallèlement, entre 1835 et 1840, l’architecte Jean-Nicolas Huyot élabora un plan de réorganisation, de rénovation et d’extension du palais de la Cité, avec l’intention de réunir le palais de Justice et la Conciergerie. Le plan remis par Huyot préconisait notamment la suppression de la place Dauphine et de la tour Bonbec.

A sa mort, Joseph-Louis Duc lui succéda et fit adopter, en 1847, une ultime proposition, plus raisonnable. Elle établissait également une entrée monumentale vers l’ouest, mais ne condamnait qu’un seul côté de la place Dauphine. A partir de 1853, l’architecte développa la façade du quai de l’Horloge dans un style néo-gothique, puis restaura les quatre tours qui en rythmaient l’ordonnance. La tour Bonbec fut alors surélevée d’un étage pour se fondre harmonieusement avec les nouvelles façades.

Le palais rénové subit toutefois d’importantes destructions en 1871, pendant la Commune, qui obligèrent Duc, puis son collaborateur et successeur Honoré Daumet, à reprendre les travaux. Un incendie détruisit la salle des Pas-Perdus et la Grand’ Chambre. En 1875, le vestibule de Harlay et son escalier sur la place Dauphine furent toutefois inaugurés. Six ans plus tard, la Cour de cassation, dont la façade principale borde la Seine, au-delà de la tour Bonbec, était achevée.

Entre 1875 et 1880, les architectes Émile Jacques Gilbert et Arthur-Stanislas Diet élevèrent le bâtiment faisant l’angle de la rue de Harlay, le long du quai des Orfèvres. Ce bâtiment accueillit initialement le parquet général, la chambre d’accusation et le greffe de la Cour d’appel de Paris. Depuis 1913, il abrite la Direction régionale de la police judiciaire, qui occupe le fameux « 36, quai des Orfèvres », rendu célèbre par le film d’Henri-Georges Clouzot (1947), avec Louis Jouvet, et par le commissaire Maigret, personnage de fiction imaginé par Georges Simenon.

Quai des Orfèvres 

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 Le cadran solaire de la tour néo-gothique du palais de Justice de Paris

Entre 1904 et 1914, l’architecte Albert Tournaire éleva un bâtiment supplémentaire, sur la partie orientale du quai des Orfèvres, à l’angle du boulevard du Palais, pour abriter le Tribunal correctionnel. Cet édifice se singularise par la haute tour carrée, qui marque son angle ouest, comme une sorte de pendant à la tour de l’Horloge.

Cette tour carrée est ornée d’un cadran solaire vertical déclinant de l’après-midi, avec les figures du Temps et de La Justice, exécuté, en 1913, par le sculpteur Jean-Antoine Injalbert (1845-1933). Au-dessus du cadran, la figure du Temps, assise, le bras gauche replié et la tête appuyée contre l’une de ses mains, serre le manche de sa faux, passé entre ses jambes. Debout, à droite, la Justice tient la balance et brandit l’épée. La devise indique Hora fugit stat jus (« Le temps passe, le droit demeure »).

Quatre figures allégoriques, présentées dans des niches, rythment la façade, à l’étage principal : elles représentent La Vérité, La Loi, L’Éloquence et La Clémence.

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